Jésus marche avec nous sur la route et nous pouvons lui offrir notre hospitalité. 

Ainsi donc, avant la fraction du pain, Notre-Seigneur Jésus-Christ s'entretient avec ces hommes sans en être connu, et ils ne le reconnaissent qu'au moment de la fraction du pain: c'est qu'on ne jouit de lui qu'en recevant la vie éternelle. Ainsi, il accepte l'hospitalité et il prépare au ciel une demeure. «Il y a, dit-il au rapport de saint Jean, beaucoup de demeures dans la maison de mon Père; sinon, je vous l'aurais dit, car je vais vous préparer la place. Mais quand j'y serai allé et que je vous a aurai préparé un lieu, je reviendrai et je vous prendrai avec moi (Jn 14,2-3)». Oui, le Seigneur du ciel a voulu recevoir l'hospitalité sur la terre; être étranger dans le monde, lui l'Auteur du monde. Mais s'il a daigné demander l'hospitalité, c'est pour qu'en la lui accordant tu sois comblé de ses bénédictions, et ce n'est pas le besoin qui lui a fait franchir le seuil de ta demeure.


Julien de Vézelay, Sermon  XVI, 12e siècle 

« J’étais étranger, et  vous m’avez recueilli ». Le juste est accueillant… Pourquoi rider ton front, froncer tes sourcils, plisser ton nez et regarder obstinément le sol ? Fais sourire, au contraire, ton visage et  ton cœur, sachant que « Dieu aime celui qui donne avec joie » (II Cor. 9.7), en te rappelant que Cléophas a contraint à entrer celui qui se disposait à poursuivre son chemin. 


Guillaume de Bourges, « Livre des guerres du Seigneur », ch. 23, écrit vers 1235  

Sur le voyage du Seigneur à Emmaüs, Jérémie a prophétisé : Leca atanu miqueue israel, ce qui veut dire:  
«Nous avons péché envers toi, espérance d’Israël, notre sauveur au temps de l’épreuve. Pourquoi seras-tu comme un voyageur, Dieu sur terre, et comme un routier qui dévie pour s’arrêter?» (Jr 14, 7-8). La prophétie s’accomplit quand les disciples dirent au Seigneur : «Reste avec nous, Seigneur, puisque le soir est tombé et que le jour est à son déclin»(Lc 24, 29). Et David, dans la personne du Christ: «Je suis devenu un inconnu pour mes frères, un étranger pour les fils de ma mère»(Ps 68, 9). Et encore : «Ne te tais pas, car je suis un étranger chez toi et un voyageur comme tous mes pères» (Ps 38, 13). Et de nouveau:  «Etranger que je suis sur la terre» (Ps 118, 19)…


François Mauriac, « Vie de Jésus», ch. 27, écrit en 1936

À qui d’entre nous l’auberge d’Emmaüs n’est-elle familière? Qui n’a pas marché sur cette route, un soir où tout semblait perdu? Le Christ était mort en nous. On nous l'avait pris: le monde, les philosophes et les savants, notre passion. Il n’y avait plus de Jésus pour nous sur la terre. Nous suivions un chemin, et quelqu’un marchait à nos côtés. Nous étions seul et nous n’étions pas seul. C’est le soir. Voici une porte ouverte, cette obscurité d’une salle où la flamme de la cheminée n'éclaire que la terre battue et fait bouger des ombres. Ô pain rompu! ô fraction de pain consommée malgré tant de misère !..