En novembre 1917, les Britanniques s’emparent de la région de Latroun. Le monastère de Latroun accueille d’abord le quartier général du 20e corps d’armée (XX Corps), puis, après la prise de Jérusalem, le service d’urgence médicale de l’armée britannique. En janvier 1919, l’armée quitte Latroun, et les moines réintègrent leur monastère entre mars 1919 et janvier 1920 (cf. Paul Tavardon, Trappistes en Terre Sainte, Domuni-Press, 2016, t. 1, p. 415). Les Trappistes créent au sein de leur monastère un dispensaire ambulatoire destiné à prodiguer des soins médicaux à la population arabe des villages environnants.
L'armée britannique à Latroun en 1918 (Source: archives du monastère de Latroun).
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.L'une des premières mesures prises par les autorités britanniques en Palestine est la création du Département des Antiquités, chargé de contrôler les fouilles archéologiques dans le pays et l'exportation d'antiquités hors de ses frontières. Le Département des Antiquités détient également le droit d’exiger que les objets découverts lors de fouilles archéologiques soient remis au Musée Archéologique de Palestine. L'École archéologique britannique, fondée en 1919, travaille en étroite collaboration avec le Département des antiquités britannique.
En 1924, le père Louis-Hugues Vincent, moine dominicain et chercheur à l'École biblique française de Jérusalem, obtient des autorités britanniques l'autorisation de mener de nouvelles fouilles archéologiques dans l'antique basilique d'Emmaüs, qui avait attiré son attention dès 1903 (voir la Période ottomane).
P. Louis-Hugues Vincent, source: Wikipédia.
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La basilique sud d'Emmaüs avant les fouilles de 1924 :
Source: archives des Pères de Bétharram.
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La première campagne de fouilles sous la direction du p. Vincent se déroule du 5 novembre au 11 décembre 1924 ; les travaux débutent en présence du professeur John Garstang et de l’architecte George Horsfield, représentants du Département britannique des antiquités. En moyenne, 25 ouvriers sont mobilisés chaque jour. (cf. Revue Biblique, 1926, p. 117 et suivantes). Au cours des fouilles, les constructions antiques sont minutieusement mesurées par le père Ceslas Lavergne et photographiées par le père Raphael Savignac (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 20).
Les fouilles commencent par le déblaiement des amas de pierres crées lors des fouilles des années 1880 et qui entravent l’accès à la basilique, tous les fragments étant minutieusement étudiés par les archéologues. Alors que le capitaine Guillemot n’avait pas creusé plus profondément que le niveau des fondations de l'église des croisés (voir la Période ottomane), le père Vincent explore les fondations des murs extérieurs de la basilique byzantine ainsi que toute la zone située entre ceux-ci et les murs de l'église des croisés (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 12, 107 et suivantes). Les fondations des murs extérieurs de la basilique sud sont mises au jour après quelques jours de travaux.
En face du deuxième pilastre (en partant de l'angle sud-ouest) de l'église romane, au sud du mur extérieur sud de la basilique byzantine, les archéologues trouvent une structure en forme de plate-forme datant d'une « époque tardive ». L'une des pierres de cette plate-forme est identifiée par les archéologues comme un fragment de sculpture représentant un aigle. Par la suite, lors des fouilles menées autour de la basilique, d'autres fragments de cette sculpture sont découverts (voir ci-dessous). Selon le père Vincent, cette sculpture remonterait aux IIe-IIIe ss. de notre ère; elle aurait été à l’origine située sur le fronton d'un bâtiment. (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 104-105, 109-110, 175-177, fig. 50 et 80).
Seuil de l'église byzantine
(Vincent, Abel, «Emmaüs, sa basilique, son histoire», Paris, 1932, p. 111-112, fig. 51)
Fragments byzantins découverts par le père Vincent en 1924 au sud de l'église romane
Fragment d'un fronton
(Vincent, Abel, «Emmaüs, sa basilique, son histoire», Paris, 1932, p. 112, fig. 52)
colonne de marbre blanc
(Vincent, Abel, «Emmaüs, sa basilique, son histoire», Paris, 1932, pp. 191-192, fig. 86
En novembre 1924, une tranchée est creusée le long de la façade et du mur sud de l'église romane. (Vincent, Abel, «Emmaüs, sa basilique, son histoire», Paris, 1932, p. 11, fig. 6).
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.
Les archéologues poursuivent la fouille en creusant une tranchée devant la façade de l’église des Croisés. Sur toute la largeur de la façade, ils découvrent les vestiges d’un pavement en dalles s’étendant jusqu’à 12 mètres à l’ouest du bâtiment, et que le père Vincent attribue à l’époque des Croisades. Par-dessus ce pavement, ils mettent au jour entre 70 et 75 sépultures, alignées parallèlement à la façade et orientées vers le sud, ce qui permet de les identifier comme musulmanes. Le dallage qui se trouve juste devant la porte de la façade de l’église romane est considéré par le père Vincent comme postérieur à l’époque des Croisades, il n’est pas démonté par les archéologues et reste encore en place aujourd’hui. Cf.: Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 82-83.
Sous le dallage de l’époque des Croisades, les archéologues mettent au jour un «charnier» : un amas des cadavres désordonné, pénétrant plus en profondeur au milieu de la façade. Dans le même endroit on découvre un « cénotaphe » d’apparence islamique. Lors de la découverte de cette structure funéraire, ainsi qu'au cours des travaux ultérieurs, les archéologues se heurtent à la réticence des ouvriers arabes à fouiller des sépultures musulmanes, ce qui empêche finalement l"exploration de toute la zone située à l'ouest de l'église romane à une profondeur suffisante:
...Dès que cette structure commença d'émerger son étrange similitude avec les mastabas quelque peu soignés qui marquent, dans les cimetières islamiques des villages contemporains, les tombeaux de santons ou de cheikhs inquiéta nos ouvriers, tous musulmans bon teint. Au nom de « ouély » chuchoté par quelque dévot trop zélé, il se fit une hésitation et certains murmures qui menaçaient de prendre des proportions néfastes à la marche normale de la fouille. Quelques piastres discrètes fixèrent la conviction du chef d'équipe le plus respecté. Il s'absorba aussitôt dans un examen comique du cénotaphe et découvrit soudain que le concours de son équipe était urgent dans une autre section du chantier tandis qu'il approfondirait sa méticuleuse enquête. Peu d'instants après les matériaux du mastaba gisaient épars, laissant apparaître des restes d'ossements tout à fait indistincts. En nous octroyant un clin d'oeil entendu, le malin expert rappelait son équipe dont il dissipait les soupçons par cet énoncé péremptoire: « Promptement! promptement! Est-ce la coutume de placer les tombes des croyants dans les églises des chrétiens? Que Dieu ait pitié des fils d'homme - bené adam - ensevelis dans cette église! ... » (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 84-86).
Plan des fouilles de l'église byzantine sud et de l'église des Croisés. Vue vers l'est. Les murs de la basilique byzantine sud sont représentés en noir et en gris. Les murs de l'église romane sont représentés en rose. Les éléments attribués par le père Vincent à la « villa romaine » sont représentés en rouge. Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche III
Près de l'angle nord-ouest de l'église romane, dans la zone du bas-côté nord de la basilique byzantine, ainsi que le long du tracé de son mur extérieur nord, les archéologues mettent au jour plusieurs tombes individuelles, alignées parallèlement à ce mur, la tête tournée vers l'ouest, ce qui est caractéristique des sépultures chrétiennes. Chaque sépulture est entourée d’un cercle de pierres et recouverte de grosses pierres bien ajustées. À l’intérieur, les archéologues ne retrouvent que des restes humains. Au-dessus, des fragments de mosaïques décorées de feuilles de lierre sont découverts, que le père Vincent rattache à la période byzantine. Voir Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 83-88.
Fragment conservé de la mosaïque aux feuilles de lierre, découverte par le père Vincent au nord-ouest de l'église romane.
Vincent, Abel, «Emmaüs, sa basilique, son histoire», Paris, 1932, fig. 43
Au même endroit, à 25 cm sous le niveau de la mosaïque aux feuilles de lierre, une mosaïque « historiée », du style « nilotique », représentant des animaux et des oiseaux est mise au jour, partiellement endommagée par les sépultures chrétiennes mentionnées plus haut. Elle se trouvait dans la partie ouest du bas-côté nord de la basilique byzantine, accolée à l’angle nord-ouest de l’église romane et longeant la rangée de pierres qui continue vers l’ouest la ligne du mur nord de l’église croisée. Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 88-91, et fig. 43).
Les mosaïques fraîchement découvertes sont presentées aux visiteurs (source: archives des Pères de Bétharram).
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La partie ouest de la mosaïque «historiée» ou «nilotique», vue depuis le sud-est (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, fig. 78). Les ouvriers sont assis de chaque côté d'une sépulture chrétienne, au-dessus de laquelle on distingue un fragment de la mosaïque aux feuilles de lierre.
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La partie ouest de la mosaïque « nilotique », découverte par le père Vincent en novembre 1924, vue depuis l’ouest.
P. Vincent attribue la section de la mosaïque représentant les animaux à la période romaine tardive. Quant à la section avec une inscription grecque, d’après p. Vincent, elle daterait de l’époque byzantine, le texte indiquant les noms des mosaïstes. Voir : Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 195-201, et planches VII, X et XI.
Le texte de l’inscription grecque sur la mosaïque, selon le père Vincent :
[...]ΕΛΙΠΩΝ [...]ΕΛΦΩΝ [...]ΑΓΙΟΥΚς ΘΩΜΑ
[κ]ὲ λιπῶν [ἀδ]ελφῶν [Πελ]αγίου κ(ὲ) Θωμᾶ
« Et les autres frères, Pélagios et Thomas »
Cf. aussi: CIIP, v. IV, partie 1, Berlin/Boston, 2018, p. 459-461
En 1959, le moine franciscain et archéologue le père Bellarmino Bagatti proposera une interprétation différente de l’inscription, voir ci-dessous.
(Lors de la restauration de la mosaïque à la fin des années 1990, une erreur fut introduite dans l’inscription grecque : le mot [...]ΕΛΦΩΝ fut remplacé par [...]ΗΛΦΩΝ, voir Période moderne, Partie 2.)
Les sépultures arabes situées sous le niveau du pavement des Croisés devant la façade de l’église romane sont datées par le père Vincent par la première période arabe. En dessous, les stylobates des colonnades intérieures de la basilique byzantine furent découvertes, qui la divisaient en trois nefs. Les fondations de la façade de la basilique byzantine furent trouvées à environ 38 mètres de ses absides, à 12 mètres à l’ouest de la façade de l'église romane (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 9-13). La mosaïque à feuilles de lierre ne fut trouvée que dans la zone du bas-côté nord de la basilique byzantine, tandis que dans la zone de la nef centrale, à un niveau correspondant à la hauteur de la mosaïque « nilotique », une autre mosaïque fut trouvée, que le père Vincent attribua à la fin de la période romaine. La mosaïque portait des traces de feu (ibid. pp. 92, 94-95).
Mosaïque découverte par les archéologues dans la nef centrale de la basilique sud, devant la façade de l'église romane. (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche III)
C'est un réseau comme imbriqué de bouquets stylisés dans de grands carrés circonscrits par des guirlandes à godrons allongés, avec un encadrement extérieur à simple tresse (cf. pl. III). L'effet décoratif excellent est produit par l'harmonie des couleurs usuelles: noir bleuté, rouge et jaune à teintes dégradées que fournit la variété remarquable des pierres palestiniennes; il résulte aussi de la fermeté du dessin en cubes moyens de 8 à 10 millimètres de côté. (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 94).
Cette mosaïque fut retirée de son emplacement initial lors de travaux archéologiques au début des années 2000 (voir ci-dessous).
Après avoir examiné l'ensemble de l'espace situé entre la façade de l'église romane et celle de la basilique byzantine, les archéologues poursuivent leurs investigations à l'ouest de cette dernière (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 95 et suivantes). Une tranchée de deux mètres de largeur est creusée parallèlement à la façade de la basilique sud, à l'extérieur de celle-ci et sur toute sa longueur. Cette tranchée atteigne la roche partout où les vestiges ne risquent pas d'être endommagés. Dans ce secteur, des restes d'un pavement en pierre datant de l'époque des Croisades sont mis au jour, ainsi qu'une fosse commune située en dessous (ibid., p. 100 et suivantes). Des fragments d’une sculpture en pierre représentant un aigle ont été découverts au nord de la tranchée, une autre partie de cette statue ayant déjà été mise au jour au sud de la basilique byzantine (voir ci-dessus).
Les archéologues explorent également la secteur qui se trouve à l'intérieur de la nef principale de l'église byzantine (à l'intérieur de l'église romane), où ils découvrent les fondations de l'abside byzantine centrale et le soubassement du dallage de l'église croisée (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 113 et suiv.)
Fondations de l'abside byzantine centrale et le soubassement du dallage de l'église romane (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, fig. 54, planches IV et VI), photos de 1924.
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.
Dans la nef centrale de l'église byzantine, à l'angle sud-ouest de l'église romane, les archéologues examinent une mosaïque découverte par le capitaine Guillemot en 1881 (Charles Clermont-Ganneau, Recherches archéologiques en Palestine durant les années 1873-1874, Londres, 1899, t. 1, p. 484). P. Vincent date cette mosaïque de l'époque romaine et la considère comme appartenant à une « villa romaine » (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 124 et suiv., fig. 59, ainsi que p. 177 et fig. 79).
Les archéologues effectuent également l'exploration du secteur du bas-côté nord de la basilique byzantine, situé à l’est de la mosaïque « nilotique », mentionnée plus haut. Dans ce secteur, ils retirent d’importants amas de débris, principalement constitués de pierres provenant du plafond de l’église romane, déplacées ici lors des fouilles des années 1880 (voir Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 128 et suivantes).
Sous les décombres, une structure « arabe » en forme de plate-forme, deconnectée de l’église, est découverte et laissée intacte par les archéologues. Plus à l’est, à proximité de l’abside nord de la basilique byzantine, un appui de fenêtre en pierre, provenant de l’église romane, est mis au jour (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 132, fig. 62 et 63).
Appui de fenêtre en pierre provenant de l’église romane d'Emmaüs-Nicopolis
Résultat des fouilles dans l'abside nord de la basilique sud (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche XIV).
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.
Les fouilles réalisées dans l'abside nord de la basilique byzantine sud, où J.-B. Guillemot avait découvert une pierre portant des inscriptions grecque et samaritaine (voir: Période ottomane), permirent aux chercheurs d'examiner la jonction entre les édifices byzantin et roman. (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 132-138)
Les archéologues étudient également le secteur du baptistère, mis au jour lors des fouilles des années 1880 au nord de la basilique sud. Ils observent les dommages subis par le baptistère ainsi que la destruction de son abside durant la Première Guerre mondiale, de même que la disparition des mosaïques adjacentes au baptistère, décrites par J.-B. Guillemot (M.-J. Schiffers, Amwas, das Emmaus des hl. Lucas, 1890, p. 230 et le plan p. 237) ; voir : Période ottomane.
Photo du baptistère publiée dans: Vincent, Abel, «Emmaüs, sa basilique, son histoire», Paris, 1932, Planche XVII.
Les archéologues réexaminent et analysent la plateforme N située devant le baptistère, mentionnant pour la première fois l'existance des fondations du mur C - D. (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 138 et suiv., Planche XVI)
+ΕΠΙΠ [--] Sous...
ΚΟΠΟΥ [--] l'évêque...
ΦΩΣΕΟΣΕ [--] mosaïque…
Le père Vincent est le premier à réaliser un croquis complet d’une mosaïque du VIe siècle mentionnant l’évêque de Nicopolis, située à l’ouest de la ligne C-D (voir le plan ci-dessus) et découverte lors de fouilles dans les années 1880 (voir l’article du père Germer-Durand dans la Revue biblique de 1894, pp. 253-257; M.-J. Schiffers, Amwas, das Emmaus des hl. Lukas, Fribourg, 1890, pp. 229-233, et aussi : CIIP, t. IV, Partie 1, Berlin/Boston, 2018, pp. 457-458). Cette mosaïque reposait sur «un autre béton d'épaisseur moindre et de qualité bien meilleure gardant la trace évidente d'un pavement plus archaïque». (voir: Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 151-152, 156, et Planche XVIII).
Coupe longitudinale du secteur du baptistère, vue face au nord, esquisse faite en 1927 (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche XVI).
À l’issue de la campagne de 1924, les fouilles au nord et au nord-ouest de l’église byzantine du sud restent inachevées. Les archéologues montent une cabane au-dessus de la mosaïque « nilotique » pour la protéger. Au printemps 1925, les travaux reprennent avec l’objectif de remettre en ordre le parc archéologique. Seul un petit nombre d’ouvriers est embauché. Une nouvelle étude est lancée dans le secteur de la mosaïque « nilotique », que le père Vincent pense appartenir à une « villa romaine », ainsi que sur la plate-forme arabe située au nord de l’église romane et mentionnée plus haut. (voir Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 14-16).
Travaux de fouilles en avril 1925. Voir : Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, p. 15, fig. 7. On remarque au nord de l’église la cabane de la mosaïque « nilotique » et un amas de pierres et de terre encore non fouillé, ainsi qu’à l’ouest un nouveau mur avec un portail d’entrée de la propriété.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.Travaux de fouilles en avril 1925. Voir : Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche. XV.
Au premier plan se trouve la « plate-forme arabe »
En explorant l’intérieur de la plate-forme arabe, les archéologues découvrirent la base d’une colonne ainsi qu’une pierre ornée d’une croix, toutes deux datant de la Période des Croisades. Cf.: Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, fig. 60 et 61.
D’après les photos, c’est à ce moment-là que les archéologues mettent à jour la deuxième partie de la mosaïque « nilotique », qui se situait le long du mur nord de l’église romane, à l’est du fragment découvert en 1924 (voir : Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 90-91, 199-201, ainsi que planches VIII et X). Comme nous avons déjà dit plus haut, le père Vincent attribua la mosaïque à la période romaine tardive.
Travaux de fouilles en avril 1925., photo: Raphael Savignac, EBAF.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.Au nord de la partie ouest de la mosaïque « nilotique », une mosaïque à motif géométrique fut découverte, voir: Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 165, Planche IX. P. Vincent date cette mosaïque de la période byzantine (Revue Biblique 1926, p. 121).
Un peu plus au nord se trouvait un grand amas de pierres et de terre, sous lequel s’étendaient les fondations de la « villa romaine » (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 14-16; voir fig. 7 si-dessus).
Mosaïque découverte en 1925, vue du nord, cf.: Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche. IX
P. Lavergne (?) dessinant les mosaïques géométriques, avril 1925, photo : Raphaël Savignac, EBAF.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA..En 1925, les fouilles s’étendent également au secteur entre la façade de la basilique sud et le portail du monastère, donnant sur la route reliant Amouas à Latroun (l’actuelle route n°3).
« Presque sur l'axe médian de la basilique, environ 6,5 m à l'Ouest de la façade primitive, un de ces sondages avait mis au jour de vagues tronçons de murs pitoyables, en matériaux hétéroclites, fondés sur les décombres, et des surfaces disloquées d'une très humble mosaïque. Elle était à peu près de tous points comparable au mesquin pavement constaté 10 à 11 mètres plus loin vers l'Est, mais à un niveau surélevé de 4 à 5 centimètres, autant que permettait de l'établir la dislocation des parties sauves.» ( L.-H. Vincent, « Autour du groupe monumental d'Amwas», Révue Biblique 1936, стр. 403-404).
Comme indiqué plus haut, la réticence des ouvriers arabes à fouiller les sépultures musulmanes empêcha les archéologues d’explorer ce secteur en profondeur.
Sur le plan, la lettre « b » désigne « une très humble mosaïque » trouvée « presque sur l'axe médian de la basilique ». Des mosaïques similaires trouvées « 10 à 11 mètres plus loin vers l'Est » ne figurent pas sur le plan. (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, p. 98 et Planche II). Voir ci-dessous le rapport sur les fouilles menées au même endroit en 1935, ainsi que L.-H. Vincent, « Autour du groupe monumental d’Amwas », Révue Biblique 1936, p. 403 et suivantes.
Vue des fouilles et du village d’Amouas depuis le sud-est, 1925. Photo : Raphaël Savignac, EBAF.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA..Dans un rapport sur ses fouilles à Emmaüs publié en 1926 (Revue Biblique, 1926, pp. 117 et suivantes), le père Vincent abandonne pour la première fois sa précédente datation de la basilique sud à l’époque byzantine, qu’il avait avancée en 1903 (Revue Biblique, 1903, pp. 571-599). Il revient alors à la théorie proposée par J.-B. Guillemot dans les années 1880 (voir Période Ottomane), qui attribua la basilique sud à la Période romaine tardive. P. Vincent base sa nouvelle hypothèse sur la technique de maçonnerie observée dans les absides de la basilique sud,: « Matériaux de grand calibre, joints vifs, appareillage sans mortier, absence de libage intérieur, chaînage angulaire dit « en besace », c'est-à-dire où le bloc est taillé pour s'adapter aux deux directions de la muraille, sont autant de détails insolites dans les monuments byzantins, familiers au contraire dans les monuments romains...» (Revue Biblique 1926, p. 118). Selon le père Vincent, la basilique sud aurait pu être bâtie par Sextus Julius Africanus, puis détruite lors des persécutions de Decius ou de Dioclétien. Les sépultures chrétiennes situées dans le secteur nord-ouest de la basilique dateraient de l’époque de la persécution des chrétiens à la fin du IIIe et au début du IVe siècle. Dans cet article le père Vincent avance pour la première fois l’idée qu’une villa romaine du IIe siècle aurait précédé la basilique, attribuant à cette villa la mosaïque « nilotique » qu’il avait découverte (à l’exception du fragment avec l'inscription en grec).
Vue de la façade de l’église romane d’Emmaüs, photographiée par Raphaël Savignac (EBAF) et publiée en 1926 dans la Revue Biblique. Devant l’entrée, on aperçoit le dallage, que P. Vincent jugea postérieur à l’époque des Croisades, mais qu'il conserva en place.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA..Fouilles au nord-ouest de la basilique sud, 1927, source: archives des Pères de Bétharram.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA..En mai 1927, les archéologues dominicains entreprennent une nouvelle campagne de fouilles, d’une durée de huit jours, mobilisant quarante ouvriers. Ils démontent l'amas de pierres issu des excavations du capitaine Guillemot, qui forme une colline de trois mètres de haut dans la partie nord-ouest du parc archéologique. Sous ces pierres les archéologues découvrent d’autres vestiges chrétiens, nécessitant des recherches supplémentaires vers le nord-ouest. (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 16 et 158).
Carte du village d’Amouas, publiée en 1929 par le «Survey of Palestine» britannique , source: Wikipedia
Photo du chevet de la basilique sud datant des années 1927-1929, source: archives des Pères de Bétharram.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA..Sur cette photo, on distingue un bâtiment récemment construit à l’ouest de la basilique, marqué « Sch. » (école) sur la carte publiée en 1929 par le Département britannique de la cartographie de Palestine (Survey of Palestine).
À la fin des années 1920, les Pères de la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram, aumôniers du Carmel de Bethléem, acquièrent auprès des habitants d’Amouas un hectare de terre attenant au terrain des carmélites, du côté nord-est. À partir de 1929, une clôture en pierre est érigée autour de l’ensemble du terrain des Pères de Bétharram et du parc archéologique. La maison et la chapelle construites par Berthe Dartigaux en 1880 (voir Période ottomane) sont démolies pour laisser place à la construction d’un nouveau monastère.
Au début des années 1930, les frères dominicains mènent leur dernière campagne de fouilles à Emmaüs, durant laquelle ils dégagent presque entièrement la basilique nord. Les archéologues la datent de l’époque byzantine (cf. Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 16, p. 159 et suivantes, p. 245 et suivantes, ainsi que la Planche II).
Basilique nord après les fouilles de 1930 (photos publiées dans: Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, fig. 71 et 72).
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.Ces photographies montrent que la maison et la chapelle, édifiées par Berthe Dartigaux en 1880 (voir: Période ottomane), ont déjà été partiellement démantelées. Un remblai a été aménagé sur la colline et des préparatifs sont en cours pour la construction du bâtiment des Pères de Bétharram. Au nord et au sud du parc archéologique, une nouvelle clôture en pierre est visible.
Il est à noter que la plate-forme arabe tardive, située au nord de l'église romane, n’a pas été entièrement démontée par les archéologues dominicains.
Au premier plan, devant l’entrée de la basilique nord, on aperçoit un chapiteau, des fûts et une base de colonnes ioniques en marbre blanc, mis au jour par les archéologues sur ce lieu même, cf. Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 165, Planches II et XIX, ainsi que fig. 74 à 76.
Plan illustrant les résultats des fouilles menées entre 1924 et 1930 (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche II). Les éléments que le père Vincent identifiait comme appartenant à la « villa romaine » sont indiqués en rouge.
Fragments de colonnes en marbre blanc découverts à l’entrée de la basilique nord. Cf. Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche XIX. pp. 164-166, 247-248.
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.Voir aussi Période byzantine.
Mosaïque byzantine découverte à l’entrée sud de la basilique nord, voir:: Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, p. 166, note en bas de page 2 et fig. 77, ainsi que: CIIP, t. IV, partie 1, Berlin/Boston, 2018, pp. 458-459
[Ι]ΩΑΝΝΟ[Υ]
...ΕΓΕΝΕ[ΤΟ] ΚΕ ΨΗΦΩ[ΣΙΣ]…
«…Jean…
fut exécutée aussi la mosaïque…»
Cette mosaïque est marquée par la lettre O sur la Planche II (voir ci-dessus).
La mosaïque est aujourd’hui perdue.
Mosaïques de la basilique nord, découvertes en 1930 (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, pp. 160-161, Planches. XII, XXIV).
Ces mosaïques aujourd’hui sont en grande partie disparues.
La pose de la première pierre du futur bâtiment des Pères de Bétharram à Emmaüs se déroule le lundi de Pâques, le 21 avril 1930 .
La construction se poursuit jusqu’au 30 janvier 1931, sous la direction de l’architecte parisien Henry Favier. (Source: archives des Pères de Bétharram).
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.Le bâtiment, à l’origine pensé comme un lieu de repos pour les séminaristes (voir: Nouvelles en famille, 14 février 2020, p. 12), remplit cette fonction de 1931 à 1939. Les Pères de Bétharram assument la responsabilité de la préservation du Lieu Saint d'Emmaüs-Nicopolis. Le frère James (Jacques) Nolan, d’origine irlandaise et membre de la congrégation des Pères de Bétharram, est le gardien du lieu de 1931 à 1967.
Le lundi de Pâques, 6 avril 1931, a lieu la cérémonie de bénédiction du nouveau bâtiment (les photos prises en avril 1931 proviennent des archives des Pères de Bétharram).
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.Chapelle des Pères de Bétharram à Emmaüs (Les photos des années 1930-1940 proviennent des archives des Pères de Bétharram).
Les photos ont été colorisées à l'aide de l'IA.Vue d’Emmaüs (à gauche) et de l'Abbaye de Latroun, photo de 1932. Notons la route Jaffa-Jérusalem, qui contourne Latroun par le sud.
Source : Library of Congress
En 1932, les pères dominicains Vincent et Abel publient la monographie Emmaüs, sa Basilique, son histoire (Maison d’édition Leroux, Paris), synthèse de leurs recherches archéologiques et historiques sur Emmaüs-Nicopolis. Véritable mine d’informations, l’ouvrage contient toutefois des hypothèses aujourd’hui dépassées. Le père Louis-Hugues Vincent, auteur de la section archéologique, y poursuit sa controverse avec la théorie du franciscain Barnabé Meistermann, qui affirme que la basilique sud était à l’origine un bâtiment de thermes romains, adapté au culte chrétien à l’époque byzantine. (B. Meistermann, Deux questions d’archéologie palestinienne, Jérusalem, 1902). Opposant à cette idée sa propre hypothèse, publiée pour la première fois dans la Revue Biblique en 1926 (voir ci-dessus), p. Vincent situe la construction de la basilique à la fin de l’époque romaine, rejetant l’existence de thermes sur le site et affirmant qu’une villa romaine, dont il aurait trouvé les fondations et mosaïques, précédait l’édifice. La seconde partie du livre, rédigée par le père Félix-Marie Abel, traite de l’histoire d’Emmaüs et défend la tradition chrétienne antique plaçant l’Emmaüs de l’Évangile de Luc à Emmaüs-Nicopolis, tout en soutenant que la version de 160 stades, et non de 60, est originelle dans les manuscrits de Luc (24, 13).
Plan de la villa romaine selon le père Vincent (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, fig. 79 ; voir aussi ci-dessus, Planches II et III). Le tracé de la plupart des murs figurant sur ce plan n’est qu’une hypothèse du père Vincent (Voir la critique de cette hypothèse: V. Michel, « Le complexe ecclésiastique d'Emmaüs-Nicopolis », Paris-Sorbonne, 1996-1997, p. 91 et suivantes)
La théorie du père Vincent sur la « villa romaine » de l’époque sévérienne, soit la fin du IIe siècle après J.-C. (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 172 et suivantes), repose sur une datation erronée de la mosaïque « nilotique ». Selon lui, la partie orientale de la mosaïque, indiquée par la lettre R à la fig. 79, appartenait à l’origine à une « villa romaine » et mesurait deux fois la largeur du fragment retrouvé par les archéologues, ce qui l’a conduit à imaginer un mur de « villa romaine » indiqué par les lettres D-C. Cette partie de la mosaïque est composée de panneaux octogonaux représentant des animaux, entourés de motifs géométriques.
D’après le père Vincent, la section ouest de la mosaïque, avec ses panneaux ronds et son inscription en grec (indiquée par la lettre S à la fig. 79), aurait été ajoutée à une période ultérieure (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 196-201).
Les recherches menées dans la seconde moitié du XXe siècle ont remis en cause cette datation de la mosaïque, voir plus loin.
Mosaïque dite « historiée » ou « nilotique », mise au jour lors de fouilles en 1924-1925, vue vers le sud. D’après le père Vincent, la partie orientale ( gauche) de la mosaïque faisait initialement partie d’une villa romaine avant d’être intégrée à la décoration de la basilique chrétienne.
P. Vincent situe la construction de l’église chrétienne (basilique du sud) sur le site de la villa romaine à l’époque de Jules l’Africain et de l’empereur Élagabal, vers 221 apr. J.-C., soit une ou deux générations après l’édification de la villa (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 258 et suiv.). Comme dans son rapport paru dans la Revue Biblique en 1926, il fonde cette conclusion sur les particularités de la maçonnerie de la basilique, observées dans ses trois absides conservées.
Le chercheur est également d'avis que l’édifice fut construit en respectant strictement les proportions de Vitruve (Vincent, Abel, op. cit., pp. 186 et suiv.), ce qui confirmerait son origine romaine.
Des études postérieures ont remis en cause cette datation de la basilique.
Plan de la basilique sud, d'après Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche XX).
Dans un article paru dans la « Revue biblique » en 1948, pages 354-355, P. Vincent admet s’être trompé sur un détail : les colonnades intérieures de la basilique devaient comporter 12 colonnes et non 13 chacune, comme l’indique ce plan.
Inscriptions en grec découvertes dans la région d’Emmaüs et de Latroun (aujourd'hui conservées dans la collection du monastère de Latroun), qui mentionnent, d'après le père Vincent, le nom d’Élagabal. Cf. Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, fig. 109 et 110 et pp. 429-430.
Selon le père Vincent, il y aurait un lien entre l’élévation d’Emmaüs-Nicopolis au rang de cité (polis) sous l’empereur Élagabal et la construction d’une église chrétienne à Emmaüs, ainsi que des fortifications romaines à Latroun (voir Période romaine tardive). Pour étayer son hypothèse, P. Vincent affirme que deux inscriptions en grec découvertes dans la région d’Emmaüs et de Latroun mentionnent le nom d’Élagabal. Cf. Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 258-259 et p. 429-430. Cette interprétation des inscriptions a été récemment mise en cause, voir: W. Eck, D. Kossmann, Emmaus-Nikopolis : die städtische Münzprägung unter Elagabal , ZPE, 2016, pp. 234-237; CIIP, t. IV, partie 1, Berlin/Boston, 2018, p. 451 et p. 483
P. Vincent date la structure avec une abside au nord-est de la basilique sud également à l'époque de Jules l'Africain (la première moitié du IIIe siècle après J.-C.). Cette structure aurait pu contenir un réservoir d’eau servant de font baptismal. Ce n’est qu’au VIe siècle qu’un baptistère cruciforme fut édifié à cet emplacement, lorsque, selon le père Vincent, les trois nefs de la basilique nord furent ajoutées à l’édifice initial. Ainsi, il suppose que le baptistère cruciforme se trouvait derrière l’autel de la basilique nord (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 237 et suivantes).
Plan de la basilique nord et du baptistère d'après Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, Planche XXI
Entre les basiliques nord et sud, des salles supplémentaires furent découvertes, dont la fonction reste difficile à déterminer selon le père Vincent (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, p. 249 ; voir aussi ci-dessus, fig. 71 et 72). Ce secteur fut plus largement exploré par des archéologues en 1935 et en 1999, voir plus loin.
Le père Vincent attribue la destruction de la basilique sud à la période des révoltes samaritaines (voir : Période byzantine), cf. Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, p. 263). Selon lui, après cette destruction par les Samaritains, la basilique sud ne fut pas restaurée, mais une basilique plus petite, dotée d’un baptistère et située au nord de la basilique détruite fut érigée entre la fin du Ve s. et le milieu du VIe s.. L’archéologue est d'avis que les sépultures chrétiennes découvertes autour de la mosaïque « nilotique » appartiennent aux victimes d'une révolte samaritaine et non à celles de persécutions romaines, contrairement à ce qu’il avait affirmé en 1926 dans la Revue Biblique, où il attribuait la destruction de la basilique sud aux empereurs Dèce ou Dioclétien.
D’après Vincent, la basilique nord fut endommagée lors de l’invasion perse, puis reconstruite avant la fin de l’époque byzantine. Il affirme qu’après la conquête arabe en 637, la basilique nord aurait été réaménagée pour le culte islamique (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire, Paris, 1932, pp. 248-249, 268). D'après l'archéologue, les sépultures découvertes par lui dans le secteur de la basilique sud, sous le dallage des Croisés, appartiendraient aux victimes de l’épidémie de peste de 639-640 (Ibid., pp. 264 et suivantes). Voir aussi Première période arabe.
Ne disposant pas de méthodes de datation précises comme le radiocarbone, le père Vincent n'a pu émettre que des hypothèses quant à l'âge des sépultures.
Église croisée d'Emmaüs, d'après Vincent Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, planche XXII.
L’église romane, adossée à l’abside centrale de la basilique sud, est décrite par le père Vincent comme « l’œuvre des Croisés, dans une phase peut-être assez archaïque du royaume de Jérusalem » (Vincent, Abel, Emmaüs, sa basilique, son histoire , Paris, 1932, pp. 67, 270-272). Les Croisés restaurèrent également le baptistère byzantin et son abside, comme l’attestaient les mosaïques qui l’ornaient (aujourd’hui disparues) et la rangée supérieure de pierres de l’abside du baptistère, elle aussi perdue (ibid., p. 249).
Après le départ des Croisés, les abords de l’église romane furent utilisés comme cimetière musulman, ce qui pourrait expliquer l’ajout, entre les XIVe et XVe siècles, d’une annexe au nord de l’édifice. (Vincent, Abel, « Emmaüs, sa basilique, son histoire », Paris, 1932, p. 272, note en bas de page 2).
La datation proposée par le père Vincent pour la mosaïque « nilotique » à la Période romaine tardive est remise en question dès 1935, lorsque John Winter Crowfoot, directeur de la British School of Archaeology à Jérusalem, publie une critique de la monographie de Vincent et Abel (PEF Quarterly Statement, 1935, pp. 40 et suivantes). S’appuyant sur son expérience dans l’étude des mosaïques antiques à Jerash (Gérasa) (Churches at Jerash, British School of Archaeology in Jerusalem, 1931), Crowfoot attribue les parties est et ouest de la mosaïque « nilotique » d’Emmaüs à la fin du Ve siècle (voir aussi : J. W. Crowfoot, Early Churches in Palestine, Londres, 1941, p. 125).
L’auteur conteste aussi la datation par Vincent de la basilique sud à la Période romaine tardive. Crowfoot remarque que beaucoup d’églises en Terre Sainte sont bâties avec des matériaux provenant de constructions plus anciennes et affirme que la forme des pierres et la technique de maçonnerie ne suffisent pas à dater un bâtiment. Malgré la forme des pierres de la basilique sud, son plan tri-absidal la fait placer au milieu du VIe siècle.
Concernant les mosaïques mises au jour par le père Vincent dans la basilique nord, Crowfoot les attribue à la même période que la mosaïque « nilotique », ce qui remet totalement en question la chronologie établie par le père Vincent. Selon Crowfoot, la basilique nord pourrait même précéder celle du sud.
John Winter Crowfoot (1873–1959).
Source: Wikipédia. La photo a été colorisée à l’aide de l’IA.Entre 1934 et 1936, les autorités britanniques installent une conduite d’eau reliant Rosh Ha-Ayin à Jérusalem pour approvisionner la partie ouest de la ville. La conduite passe par Latroun, où sont édifiés une station de pompage et des logements pour le personnel chargé de l’entretien.
Sur la photo, on voit la construction de la station de pompage de Latroun, avec les bâtiments du monastère visibles en haut à gauche. Source : Bibliothèque du Congrès.
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.En 1935, les autorités britanniques réaménagent la route reliant Latroun à Ramallah. Suite à ces travaux, le niveau de la chaussée à l’entrée du monastère est abaissé de 0,75 m. Ce changement pousse les Pères de Bétharram à entreprendre des fouilles archéologiques entre la basilique sud et la porte du monastère. Les fouilles sont dirigées par le p. Bartette (voir l’article du père Vincent publié en mai 1936 dans la Revue Biblique, pages 403 et suivantes).
En 1925, le père Vincent avait déjà entrepris des fouilles devant la façade de la basilique sud, mais, confronté à la reticence des ouvriers musulmans à fouiller les sépultures, il ne put dépasser « de murs pitoyables... et une très humble mosaïque » (voir ci-dessus). En 1935, les Pères de Bétharram retirent les sépultures musulmanes et démontent les murs et la mosaïque découverts par le père Vincent. Il en résulte que, sur l’axe central de la basilique sud, devant sa façade, une mosaïque portant une inscription en grec est mise au jour. Voir l’article du père Vincent publié en mai 1936 dans la Revue Biblique, pp. 403 et suivantes.
Cette mosaïque resta longtemps dans l’abside sud de la basilique, puis, à la fin des années 1990, après avoir été restaurée, elle fut transférée au musée du monastère d’Emmaüs (photo issue des archives de P. P. de Bétharram).
Le père Vincent pense que cette mosaïque constitue une épitaphe. Il propose l’interprétation suivante du texte grec :
…ΩΣΑ ΑΜΑ ΣΩΦΡΟΝΙΑ ΜΗΤΡ ΚΑΙ ΜΙΚΗΣ ΣΥΜΒΙΩ
«(Ιci repose X)..., avec Sophronie sa mère et Mikè (son épouse)» .
(Cf. L.-H. Vincent, «Autour du groupe monumental d'Amwas», Révue Biblique 1936, p. 405).
Une autre épitaphe en mosaïque fut découverte par les Pères de Bétharram, à deux mètres à l’ouest de la précédente. D’après le père Vincent, son texte se lit :
Κ(ύρι)ε έλεήσον Εύς(τάθιον)
Seigneur, aie pitié d'Eus(tathe)!
(Cf. L.-H. Vincent, Autour du groupe monumental d'Amwas, Révue Biblique 1936, p. 406).
D’après le père Vincent, les mosaïques mises au jour en 1935 ne font pas partie de la basilique sud, mais seraient des épitaphes provenant des tombes de chrétiens tués lors de la révolte samaritaine de 529, puis enterrés près de la basilique détruite par les Samaritains (Ibid., p. 407). Il convient de noter, que dans sa monographie publiée en 1932, p. Vincent situait la destruction de la basilique sud entre la fin du Ve s. et le milieu du VIe s., voir ci-dessus.
Voir également d’autres interprétations de ces découvertes dans : CIIP, t. IV, Partie 1, Berlin/Boston, 2018, pp. 461-463.
Dans son article, le père Vincent rapporte également qu’en 1935, les Pères de Bétharram démontèrent complètement l’annexe arabe située au nord de l’église romane. Ils y découvrirent des fragments supplémentaires de la sculpture de l’aigle romain (voir ci-dessus) (cf. L.-H. Vincent, Autour du groupe monumental d’Amwas, Revue Biblique, 1936, pp. 407-408).
Plus loin dans son article, le père Vincent conteste les conclusions de Crowfoot sur l’origine byzantine de la basilique sud et de la mosaïque « nilotique », et maintient qu'elles remontent à la Période romaine tardive. (Ibid., pp. 408 et suivantes)
C’est sans doute aussi en 1935 qu’une autre mosaïque byzantine est découverte sur le site, mentionnant l’évêque de Nicopolis et se trouvant dans la partie ouest du bas-côté sud de la basilique sud.
Cette mosaïque fut décrite et publiée pour la première fois en 1980 par le chercheur français Yves Blomme, cf. Revue Biblique 1980, pp. 406-407 et Planche VI (b).
+ ΕΠΙΤΟ./ ΘΕΟΦ.../ ΚΑΓΙΩ.../ .ΩΑΝΝ.../ ΕΠΙ...
«Sous le très ami de Dieu et très saint évêque Jean.…»
Yves Blomme estime que cette inscription évoque le même évêque Jean que la mosaïque découverte par le père Vincent en 1930, à l’entrée sud de la basilique nord (voir plus haut). Selon le chercheur, ces inscriptions « ne peuvent être antérieures au Ve siècle». Voir également : CIIP, t. IV, partie 1, Berlin/Boston, 2018, p. 456. Cette mosaïque aujourd'hui est perdue.
Basilique sud après les fouilles de 1935 (Photo publiée dans : P. Duvignau, « Emmaus, le site - le mystère », Paris, 1937)
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.La mosaïque décrite par Yves Blomme se trouve sous une palette en bois à gauche de la figure du prêtre.
Photo publiée dans : P. Duvignau, « Emmaus, le site- le mystère », Paris, 1937
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.On remarque que l’abri provisoire en bois protégeant la mosaïque « nilotique » a été remplacé par une structure en pierre, allongée afin d’abriter également la partie est de la mosaïque. L’annexe arabe située au nord de l’église romane a été entièrement supprimée. À l’intérieur de la basilique sud, le sol a été compacté et les traces des fouilles ont disparu. La route reliant le portail d’entrée au monastère passe désormais par le côté nord du parc archéologique.
Visiteurs du parc archéologique vers 1935 (photo provenant des archives des Pères de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.L’église d’Emmaüs-Nicopolis representée sur une mosaïque datant du début du VIIIe s., découverte dans l’église de l’Acropole à Ma'in en Jordanie.
Au printemps 1937, un habitant du village de Ma’in, situé à 8 km au sud-ouest de Madaba dans l’actuelle Jordanie, découvre une mosaïque byzantine sur une colline proche d’un cimetière musulman. Les premières fouilles sur ce site sont menées par les pères dominicains R. Savignac et R. de Vaux de l’École biblique française de Jérusalem. La mosaïque mise à jour représente des églises de plusieurs villes de Terre sainte, dont Emmaüs-Nicopolis. P. de Vaux en publie la description dans la Revue Biblique de 1938 (pp. 243 et suivantes). Il note que l’image de l’église ne correspond pas aux résultats des recherches archéologiques effectuées par le père Vincent à Emmaüs.
La mosaïque se trouve aujourd’hui exposée au parc archéologique de Madaba, voir ici.
En 1937, le père Pierre Duvigneau, de la congrégation des Pères de Bétharram, publie un livre sur Emmaüs-Nicopolis, intitulé Emmaüs, le site – le mystère (Éditions Leroux, Paris). Il y note qu’à la fin des années 1930, la polémique sur l’identification d’Emmaüs s’était déjà calmée et qu’un consensus s’était établi parmi les chercheurs pour reconnaître Emmaüs-Nicopolis comme l’Emmaüs évangélique. P. Duvigneau présente de nombreux arguments en faveur de cette identification et fait un exposé sur les recherches archéologiques au site.
En 1938, le père Abel publie le deuxième volume de son étude sur la géographie de la Palestine (F.-M. Abel, Géographie de la Palestine, t. II, Paris, 1938), où il indique que le village arabe d’Amouas compte 224 maisons abritant 1021 habitants (p. 314).
En 1940, on découvre une dalle de marbre bleu dans un champ à 300 mètres au sud-ouest de la basilique sud, qui aurait pu servir de linteau ou de retable d’autel dans l’église romane d’Emmaüs. Voir: F.-M. Abel, Retable médiéval d’Amwas avec inscription, Vivre et penser, 1941, ainsi que: Période des Croisades.
Les événements de la Seconde Guerre mondiale affectent également la région d’Emmaüs et de Latroun. En 1940, les autorités britanniques construisent à Latroun un bâtiment de police (un fort Tegart) afin de mieux contrôler cette intersection stratégique. Ce fort est aujourd'hui occupé par le musée des chars Yad la-Shiryon. À un kilomètre au sud-ouest du fort Tegart se trouvait un camp où étaient internés des prisonniers italiens et allemands, ainsi que des détenus locaux (voir ici).
Vue sur le fort Tegart depuis l’abbaye de Latroun, 1940-1950 (Source: archives du monastère de Latroun).
La photo a été colorisée à l'aide de l'IA.Drapeau polonais au-dessus du bâtiment des Pères de Bétharram, 1940-1941 (Source: E. H. Butler Library, The State University of New York).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Dès juillet 1940, le commandement britannique installe à Emmaüs-Nicopolis et autour du fort Tegart à Latroun la Brigade indépendante de chasseurs des Carpates (Samodzielna Brygada Strzelców Karpackich). La plupart des soldats polonais de la brigade vivent sous tente, tandis que ceux inaptes au service pour raisons de santé sont hébergés dans la maison des pères de Bétharram.
Le père Médebielle et le frère Jacques Nolan (à droite) devant le camp polonais d’Emmaüs, 1940-1941 (Source: archives des PP. de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Le colonel Stanisław Kopański et les combattants de la Brigade indépendante de chasseurs des Carpates assistent à la messe de l’Assomption, le 15 août 1940, dans la basilique d'Emmaüs (source : archives des PP. de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.La Brigade indépendante de chasseurs des Carpates fut formée en avril 1940 en Syrie française à partir de soldats évacués de la Pologne occupée ayant transité par la Roumanie. Sous le commandement du colonel Stanisław Kopański, elle rassemblait plus de 4 000 hommes qui, fin juin 1940, se déplacèrent en Palestine pour rejoindre les forces britanniques.
Poste de contrôle du camp polonais à Latroun, 1940-1941, avec en arrière-plan le monastère d’Emmaüs. (Source : archives des Pères de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.À Emmaüs et à Latroun, la brigade est rééquipée et, en août 1940, suit un entraînement militaire pour se préparer à une éventuelle invasion nazie en Palestine.
Messe polonaise à Emmaüs le 3 février 1941 (source: archives des Pères de Bétharram)
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Vue du camp polonais en 1940-1941, avec au premier plan le père Laguerre et le frère Jacques Nolan (source : archives des Pères de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.À la fin de septembre 1940, la majeure partie de la brigade placée sous le commandement de Kopański est envoyée en Égypte, tandis qu’environ 200 officiers demeurent sur place pour accueillir les soldats récemment arrivés après avoir fui la Pologne par les Balkans.
En mars 1941, avant d'être envoyés sur le front nord-africain, les militaires polonais qui restent encore à Latroun reçoivent la visite du colonel Andrzej Liebich, émissaire du gouvernement polonais en exil.
À cette occasion, une Messe solennelle est célébrée par l’évêque Karol Radoński, qui se trouve au service des Polonais en Palestine entre 1940 et 1942.
Militaires polonais à la Messe dans la basilique d'Emmaüs le 3 mars 1941 (Source : archives des Pères de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Militaires polonais à la Messe dans la basilique d'Emmaüs le 3 mars 1941 (Source : E. H. Butler Library, The State University of New York).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Sur la photo, au premier rang, au centre, se trouve le brigadier général Kordian Józef Zamorski, commandant du Centre de réserve de la Brigade indépendante de chasseurs des Carpates et commandant par intérim des unités de l’armée polonaise au Moyen-Orient entre 1940 et 1942. À sa droite se tient le colonel Andrzej Liebich.
Vue du parc archéologique durant la Seconde Guerre mondiale (Source : archives des Pères de Bétharram). On remarque que le terrain est entouré d’une clôture en maille, des poteaux supportant des câbles sont installés, ainsi qu'un poste de contrôle à l’entrée.
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Après le départ des polonais, les autorités britanniques continuent d’utiliser le monastère à des fins militaires. Le 18 juillet 1941, un centre de formation de la Direction des opérations spéciales de l’armée britannique (Directorate of Special Operations of the British Army) y ouvre ses portes. Cette Direction, connue sous le nom de code G (R), se basait à Jérusalem et fut placée sous le commandement du lieutenant-colonel T. S. Airey. Le major J. W. Borradaile est désigné comme commandant du centre de formation d’Emmaüs, assisté de neuf officiers permanents et de personnel auxiliaire. Certains cours sont dispensés par des instructeurs invités.
Les premiers stagiaires arrivent à Emmaüs le 21 juillet 1941 et suivent des cours d’arabe, de transmission radio, de lecture de cartes, de la sécurité dans le maniement des armes, ainsi que d’utilisation d’explosifs, de destruction de bâtiments, de sabotage, de combat rapproché et de destruction de chars.
Un cours typique compte 6 officiers et 30 sous-officiers. Parmi les stagiaires, on retrouve des membres du Middle East Commando ainsi que du Special Air Service (SAS).
Au début, la formation dure une semaine, puis elle est prolongée à trois semaines pour les officiers et à quatre semaines pour les grades inférieurs.
Le centre de formation continue de fonctionner à Emmaüs jusqu’en janvier 1942. (Source : l’historien anglais Paul McCue (www.secret-ww2.net).
Parmi les instructeurs invités au Centre d’entraînement d’Emmaüs se trouvait le commandant de la Légion arabe, le lieutenant-colonel John Bagot Glubb, plus connu sous le nom de « Glubb Pacha », qui joua plus tard un rôle important dans la guerre arabo-israélienne de 1948.
John Glubb. Photo : Wikipédia
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Militaires britanniques et australiens visitent Emmaüs accompagnés par le frère Jacques, 1940-1941 (Source : archives des Pères de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Nous ne disposons pas d'information au sujet de la presence de l’armée britannique au monastère après la fermeture du Centre de formation en janvier 1942.
Le 18 février 1943, l’armée polonaise du général Anders arrive en Palestine. Les archives des Pères de Bétharram conservent des photos de soldats et d’officiers de cette armée visitant le parc archéologique d’Emmaüs en compagnie du frère Jacques Nolan.
Des soldats de l’armée d’Anders visitent Emmaüs en 1943. (Source : archives des Pères de Bétharram).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Sur cette photo, on constate que l’abri en pierre au-dessus du baptistère n'existe plus.
Des militaires britanniques en visite à Emmaüs dans les années 1940. (Source: archives du monastère de Latroun).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Vue d’Emmaüs depuis l’ouest, photographie de 1945 (Source: archives du monastère de Latroun).
La photo a été colorisée à l'aide de l’AI.Vue du village d’Amouas depuis le monastère, années 1940. (Source: archives des Pères de Bétharram). La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.
D’après une source arabe, en 1945, Amouas compte 1 450 habitants. (Salman H. Abu-Sitta, Atlas of Palestine 1917-1966, Londres, 2010, p. 35).
En 1947, Jean Lassus, professeur à l’Université de Strasbourg, publie à Paris sa monographie Sanctuaires chrétiens de Syrie. Dans cette étude, fondée sur ses propres recherches archéologiques en Syrie, il polémique (p. 80 et suivantes) avec le père Vincent et John Crowfoot au sujet de la datation de la basilique d’Emmaüs. Lassus affirme que les mosaïques découvertes par le p. Vincent à Emmaüs «sont vraisemblablement du Ve, peut être, à la rigueur, de la fin du IVe» siècle. Contrairement à l’hypothèse de Crowfoot, qui suppose que la basilique sud fut construite avec des pierres provenant d’un édifice plus ancien (voir ci-dessus), Lassus soutient que la basilique sud fut construite avec des pierres spécialement taillées pour elle. Il précise que de grandes pierres étaient utilisées dans les églises chrétiennes de Syrie jusqu’à la fin du VIe s., et que leur emploi dans le chevet de la basilique d’Emmaüs répondait à la nécessité de supporter les lourdes conques des trois absides. Lassus rejette la théorie du père Vincent, qui date la basilique sud du IIIe s. (voir ci-dessus), selon le chercheur, la basilique est à «dater au plus tôt de la première moitié du Ve siècle». Les mosaïques ornées de feuilles de lierre recouvrant les tombes chrétiennes à l’intérieur de la basilique sud datent, d'après Lassus, du VIe s.. Comme ces tombes et mosaïques chevauchent les fondations du mur extérieur nord de la basilique, le chercheur partage l’idée du père Vincent selon laquelle la basilique sud aurait été détruite lors de la révolte samaritaine au VIe s., et qu’une basilique nord, incluant le baptistère, aurait été édifiée à côté, également au VIe s..
Professeur Jean Lassus (1903 - 1990)
Le 29 novembre 1947, l’ONU vote une résolution prévoyant la partition de la Palestine en deux États, l’un arabe et l’autre juif, déclenchant la guerre civile de 1947-1948 entre les deux camps. Pendant ce conflit, puis lors de la Guerre d’indépendance israélienne qui suit (1948-1949), la région de Latroun et la route reliant Latroun à Jérusalem deviennent le théâtre de combats intenses. Malgré leurs efforts, les forces juives ne parviennent pas à prendre Emmaüs (Amouas) ni Latroun.
Emmaüs en 1948, photo réalisée pour le compte de l’organisation militaire juive clandestine Haganah. Source : https://www.nli.org.il/he/archives/NNL_ARCHIVE_AL997009633373305171/NLI#$FL170146977
Cette photographie fait partie d’un projet du Réseau d’archives israélien (IAN) et est mise à disposition grâce aux efforts conjoints des Archives Yad Ben Zvi, du Ministère de Jérusalem et du Patrimoine et de la Bibliothèque nationale d’Israël, voir plus d’informations ici (en hébreu) et ici (en anglais).
Au printemps 1948, dans la Revue Biblique (pp. 348-375), le père Vincent publie une réponse aux critiques formulées par Crowfoot et Lassus à l’encontre de sa théorie, affirmant que leurs arguments en faveur de la datation de la basilique sud aux Ve et VIe siècles sont insuffisants. Il souligne que au IVe siècle S. Jérôme mentionne l’église de la Fraction du Pain à Emmaüs, et il fait référence précisement à la basilique sud, puisqu’aucune autre église n’est connue dans la région d’Amouas (pp. 366-367). Voir également la recension du père Vincent de l’ouvrage de S. Saller et B. Bagatti, The Town of Nebo, Jerusalem, 1949, publiée en janvier 1950 dans la Revue Biblique, pp. 151-152. Le père Louis-Hugues Vincent décède le 30 décembre 1960, sans jamais revenir sur sa position concernant la datation des basiliques d’Amouas. Malgré tous ses efforts, un consensus se forme progressivement parmi les chercheurs selon lequel les deux basiliques d’Emmaüs remontent à la Période byzantine.
Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame la création de l’État d’Israël, ce qui entraîne l’entrée en guerre des pays arabes voisins. De nombreuses troupes britanniques sont alors concentrées à Latroun, en attente de départ pour l’Europe. Dans l’après-midi du 15 mai, elles quittent Latroun pour se diriger vers Jaffa. Le fort Tegart est aussitôt occupé par des rebelles arabes et des unités de la Légion arabe, c.-à-d. l'armée de Transjordanie commandée par John Glubb. À partir du 18 mai, la Légion arabe s’installe entre Latroun et la gorge de Bab el-Oued (Sha’ar HaGaï), coupant la route vers Jérusalem. Les légionnaires détruisent la station de pompage de Latroun, interrompant l’approvisionnement en eau de la Jérusalem juive. Entre le 20 mai et le 18 juillet 1948, les Israéliens lancent plusieurs attaques infructueuses vers Latroun tout en occupant des localités arabes de la région. Les réfugiés arabes de ces villes et villages sont accueillis par les moines du monastère de Latroun, les Pères de Bétharram, ainsi que par les habitants du village d’Amouas. Les 8 et 9 juin 1948, lors de l’opération Yoram, les Israéliens, au prix de lourdes pertes, parviennent à capturer et à tenir pendant une journée la colline 14, à l’est d’Amouas.
Le no man's land de Latroun, dans les années 1948 -1967, est indiqué ici par des lignes vertes sur une carte du Département britannique de cartographie de la Palestine (Survey of Palestine) datant de 1942 -1958. Le village d’Amouas y figure sous le nom d’Imwas. La carte complète est disponible pour consultation ici.
À la suite de la guerre, Amouas et le monastère de Latroun se retrouvent en Transjordanie (devenue Jordanie après 1949), dans ce que l’on appelle l’enclave de Latroun, séparés du territoire israélien par un no man's land. Dans le village d’Amouas et au château croisé de Latroun, des avant-postes de la Légion arabe sont établis, tandis que le village de Latroun (près du château) est vidé de ses habitants par les Jordaniens (voir à ce sujet l’article de Meir Ben-Dov, « Le château croisé à Latroun », publié dans la revue Qadmoniot, t. 4, année 7, 1974-1975, p. 119, en hébreu).
En 1948, l’armée jordanienne construit une route reliant le village de Beit Liqya à Amouas, en passant par le village de Yalo, puisque l’ancienne route entre Amouas et Ramallah est coupée par les nouvelles frontières. Aujourd’hui, cette route de 1948 se situe dans le parc Canada et figure sur la carte du Fonds national juif (KKL) sous l’appellation « route des dattes » (« דרך התמר »).
En 1949, dans une tombe de la région d’Amouas-Latroun, on découvre des « brattées » (du latin « brattaea »), fines plaques d’or gravées servant à orner le défunt lors de l’inhumation. Le père Pierre Benoît, de l’École biblique française de Jérusalem, les date de la Période romaine tardive (voir : Pierre Benoît, Nouvelles «brattées» trouvées en Palestine, Revue Biblique, 1952, p. 253 et suivantes).
L’une des brattées est de forme rectangulaire et porte une inscription en grec.
«θάρσι Νικόμαχε», «Bon courage, Nicomaque!».
Entre 1948 et 1967, la région de Latroun est l’un des points les plus sensibles de la frontière israélo-jordanienne. Les villages arabes voisins du no man’s land servent de base aux infiltrés responsables de vols, meurtres et sabotages en Israël. En réponse, entre 1951 et 1954, l’unité 101 et le 890e bataillon aéroporté de l’armée israélienne mènent plusieurs raids contre des villages arabes au nord de Latroun. Toutefois, ces actions n’empêchent pas de nouvelles tentatives d’infiltration vers Israël par la suite (voir: Yehuda Wolach, Mordechai Gihon, Battle sites in Eretz-Yisrael, éd. Carta, Jérusalem, 2003, p. 157, en hébreu).
Soldats de l’unité 101 (source : archives de l’hebdomadaire de l’armée israélienne « Bamahané »). La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.
Les fellahs des villages voisins, ainsi que les membres du kibboutz Nahshon, sont autorisés à cultiver une partie des terres situées dans le no man's land, tandis que de nombreux habitants d’Amouas travaillent dans les vignobles du monastère de Latroun. Les ouvriers agricoles qui dépassent les limites convenues des zones cultivées s’exposent aux tirs des armées en conflit. (Cf. Zeev Bloch, Between the lines, Tel-Aviv, 2015 (en hébreu), p. 27 et suivantes). Les déplacements au sein du no man's land sont coordonnés par les parties belligérantes, sous la médiation des observateurs de l’ONU (UNTSO), dont le bureau est établi au monastère de Latroun de juillet 1948 à juillet 1949, puis de 1956 à 1960. Au début des années 1950, un officier des forces de l’ONU réside dans la maison des Pères de Bétharram à Amouas. Entre 1960 et 1967, les Pères de Bétharram accueillent à nouveau les observateurs de l’ONU, leur louant trois pièces dans le monastère d'Emmaüs (voir la publication des PP. de Bétharram, Nouvelles en famille, n° 156, 14.02.20, p. 12).
Des observateurs de l’ONU, des fellahs et un moine trappiste dans les vignobles, photo datant des années 1950-1960 (source : archives du monastère de Latroun).
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Une tour d’observation de l’ONU sur le toit du monastère d’Emmaüs. (Source: archives du kibboutz Nahshon).
Photos publiées dans la revue « Bible et Terre Sainte », n° 36, mars 1961
Messe du lundi de Pâques dans la basilique d'Emmaüs (fin des années 1950)
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Parc archéologique d'Emmaüs, vue vers l'ouest. On constate que l’abri protégeant la mosaïque « nilotique » a été démonté. La mosaïque est ainsi restée exposée aux intempéries pendant environ quarante ans, jusqu’à la fin des années 1990, à l’exception d’une brève période en 1977, lorsqu’elle fut déplacée pour restauration (voir ci-dessous).
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Parc archéologique d' Emmaüs, vue vers l’est, photo prise avant juin 1967, publiée dans « New Encyclopedia of Archaeological Excavations in the Holy Land », E. Stern, éd., Jérusalem, 1993, t. 2, p. 385
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Panorama d’Amouas à la fin des années 1950 (source: archives du monastère d'Emmaüs)
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Photo publiée dans la revue « Bible et Terre Sainte », n° 36, mars 1961.
La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.Entre 1958 et 1960, une période de grande sécheresse frappe la région, asséchant les puits d’Amouas et des villages voisins. En 1960, les moines du monastère de Latroun décident d’installer une conduite d’eau depuis le puits de Bir el-Hilou, situé au sud-est de l’abbaye, pour alimenter celui d’Amouas. Les habitants locaux peuvent ainsi puiser l'eau aussi bien dans l'enceinte du monastère que dans le village d'Amouas même Après quelques temps le puits de Bir el-Hilou montre à son tour des signes d’épuisement, alors les moines mobilisent tous les ouvriers pour l’agrandir et le dégager de la terre accumulée. Lors de ces travaux, on découvre un tunnel d’aqueduc romano-byzantin long de 28,5 mètres, recueillant l’eau de 15 sources dans le puits (voir : Paul Tavardon, « Trappistes en Terre Sainte », Domuni-Press, 2016, t. 2, pp. 155-157). À noter qu’au XIXe siècle, l’explorateur français C. Clermont-Ganneau avait déjà décrit un aqueduc romain destiné à acheminer l’eau de la région du Latroun vers Emmaüs (voir : Période ottomane).
En 1959, l’archéologue franciscain p. Bellarmino Bagatti publie un article au sujet de la mosaïque « nilotique » d’Emmaüs (Bellarmino Bagatti, « Il musaico degli animali ad Amwas », RAC, 1959, pp. 71-80). Suivant l'avis de plusieurs chercheurs, il date cette mosaïque du VIe siècle (voir la bibliographie dans l’article du p. Bagatti, p. 71). P. Bagatti interprète les images d’animaux et d’oiseaux sur la mosaïque comme ayant une signification spirituelle : les prédateurs (lion et léopard) attaquant les animaux apprivoisés (taureau et gazelle) symboliseraient la lutte entre le bien et le mal, et les oiseaux perchés parmi les plantes représenteraient les âmes des défunts au Paradis. P. Bagatti propose également une nouvelle interprétation de l’inscription grecque figurant sur la mosaïque:
[M]ελιτων [α]δελφων [Πε]λαγίου κ(αί) Θωμα
« (Le don des) doux frères Pélage et Thomas »
Selon le père Bagatti, le qualificatif « doux » était attribué, dans les mosaïques byzantines, aux bienfaiteurs des églises. Les frères Pélage et Thomas pourraient donc être ceux qui payèrent la création de la mosaïque. Voir aussi : CIIP, t. IV, Partie 1, Berlin/Boston, 2018, pp. 459-461, où cette interprétation est critiquée.
P. Bagatti jouera également un rôle important dans l’étude de la mosaïque « nilotique » d’Emmaüs à la fin des années 1970, voir ci-dessous.
P. Bellarmino Bagatti (1905-1990), source - Wikipédia
Le 5 juin 1967, la guerre des Six Jours éclate entre Israël et, en face, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. Le même jour, à 15h30, l’armée jordanienne bombarde les positions israéliennes dans la région de Latroun (kibboutz Nahshon et colline 314, Ras Abou Morra). Les Israéliens ripostent et l’échange de tirs se poursuit jusqu’à 17h00. C'est à ce moment que le commandement militaire israélien ordonne l’occupation de Latroun. La force opérationnelle comprend un régiment d’infanterie et deux compagnies blindées de la 4e brigade (brigade Kiryati) sous les ordres du colonel Moshe Yotvat. L’opération est programmée pour 2h00 du matin le 6 juin. Elle débute par l’illumination du fort Tegart au moyen de roquettes tirées depuis le kibboutz Nachshon. Ensuite, les chars ouvrent le feu et avancent vers le fort sans économiser les munitions. Les unités israéliennes attaquent par l’ouest, tandis qu’une colonne de tracteurs du kibboutz Nahshon au moyen du bruit et des feux simule une avancée de chars depuis le sud, on feint également une progression d’infanterie depuis l’ancien camp de prisonniers près de Nahshon. À 3h30 du matin, le commandement israélien est informé de la prise du fort Tegart et de l’avant-poste jordanien dans les ruines du château croisé de Latroun. La brigade reçoit alors l'autorisation de poursuivre la conquête de l’enclave. Les forces blindées progressent rapidement vers Amouas et Yalo, ne rencontrant qu’une résistance mineure. Les troupes jordaniennes reçoivent l’ordre de leur commandement d’entamer une retraite organisée de la zone. Le village d’Amouas est pris presque sans résistance, permettant à l’armée israélienne d’occuper, en quelques heures, l’ensemble de l’enclave de Latroun. Le 6 juin, à 6h00 du matin, l’avant-garde de la 4e brigade atteint le village de Beit-Liqya et progresse en direction de Beït-Horon (Beit Ur).
Une partie des habitants d’Amouas se dirige alors vers Ramallah, d’autres trouvent refuge au monastère de Latroun, tandis que certains restent sur place. L’armée israélienne n’empêche pas l’évacuation. Le frère Jacques Nolan et les observateurs de l’ONU quittent le monastère d’Emmaüs le 6 juin 1967. (Voir : Zeev Bloch, Between the lines, Tel-Aviv, 2015 (en hébreu), pp. 97-108 ; Yehuda Wolach, Mordechai Gihon, Battle sites in Eretz-Yisrael, éd. Carta, Jérusalem, 2003, p. 158 (en hébreu) ; Paul Tavardon, Trappistes en Terre Sainte, Domuni-Press, 2016, t. 2, pp. 175 et suivantes).
Évacuation d'habitants d’Amouas, juin 1967. Photo par José Ohman, source : hope.eretzmuseum.org.il/photographers/ הוכמן-יוסף La photo a été colorisée à l’aide de l’AI.